Cooperactiv était une société de conseil lyonnaise spécialisée dans la transformation organisationnelle et la conception d’espaces de travail. Fondée en juin 2018 par Philippe Goulois, David Pesme et Corinne Dugua, cette SARL a marqué l’écosystème du conseil à Lyon par son approche centrée sur le « faire ensemble ». L’entreprise a cessé son activité le 12 novembre 2024 suite à une liquidation judiciaire.
Cette fermeture intervient après six années d’activité durant lesquelles Cooperactiv a notamment collaboré avec la Caisse des Dépôts et Consignations sur des contrats dépassant 316 000 euros. Installée au 92 cours Lafayette dans le 3ème arrondissement de Lyon, au sein de l’espace de coworking Mama Works, l’entreprise incarnait une vision alternative du conseil en organisation.
📋 L’essentiel à retenir
- Cooperactiv était implantée à Mama Works Part-Dieu, espace de coworking reflétant ses valeurs d’innovation et de collaboration.
- La méthode reposait sur quatre étapes : repérer, comprendre, agir et évaluer, avec une approche expérimentale systématique.
- Les contrats avec la Caisse des Dépôts totalisaient plus de 316 000 euros, attestant la crédibilité de l’expertise.
- Le capital social de 6 000 euros et la dépendance à quelques grands contrats ont fragilisé la structure financière.
- L’héritage méthodologique inspire toujours l’écosystème du conseil lyonnais malgré la fermeture économique de l’entreprise.
Qui était Cooperactiv et quel était son positionnement ?
Cooperactiv a été créée le 6 juin 2018 avec un capital social de 6 000 euros (SIREN 839 613 031). Cette structure légère reflétait la volonté des trois fondateurs de privilégier l’agilité et la proximité avec leurs clients. Philippe Goulois, David Pesme et Corinne Dugua apportaient chacun une expertise complémentaire : ergonomie, psychologie du travail et design thinking.
Le choix de s’installer à Mama Works Lyon Part-Dieu n’était pas anodin. Cet espace de coworking incarnait exactement les valeurs que Cooperactiv défendait dans ses missions : flexibilité, innovation, collaboration. Philippe Goulois, séduit par l’univers Mama Shelter, y voyait le prolongement naturel de leur philosophie du travail. Cette localisation offrait aussi des avantages pratiques pour une équipe de consultants souvent en déplacement : salles de réunion à tarifs préférentiels, environnement inspirant pour recevoir les clients, opportunités de networking avec d’autres acteurs de l’innovation.
Le positionnement de Cooperactiv était original sur le marché du conseil aux entreprises lyonnaises. L’entreprise se situait volontairement à équidistance entre les directions et les salariés, adoptant une posture de neutralité bienveillante. Cette position intermédiaire permettait de faciliter les coopérations entre niveaux hiérarchiques, là où les cabinets traditionnels restent souvent perçus comme des outils au service exclusif de la direction.
Les secteurs couverts incluaient les banques, les assurances, le secteur public et parapublic, ainsi que les PME et ETI en phase de transformation. Cette diversité témoignait d’une capacité à adapter les méthodes à des contextes organisationnels variés, tout en conservant le fil rouge d’une approche centrée sur l’humain.
Quelle était la philosophie du « faire ensemble » de Cooperactiv ?
La devise de Cooperactiv tenait en trois mots : « faire plutôt que dire ». Cette formule résumait une rupture complète avec les approches traditionnelles du conseil en management. Là où beaucoup de cabinets produisaient des audits théoriques et des recommandations déconnectées du terrain, Cooperactiv proposait d’expérimenter directement avec les équipes concernées. Leur mission officielle consistait à activer les coopérations et faciliter l’émergence de ressources nouvelles. Concrètement, cela signifiait rejeter le modèle de l’expert externe qui prescrit des solutions préfabriquées. Les consultants adoptaient une posture de facilitateurs et catalyseurs, aidant les organisations à révéler leurs propres solutions par l’expérimentation collective.
Une approche expérientielle par la co-construction
L’intervention de Cooperactiv s’articulait autour de trois axes complémentaires qui formaient un écosystème cohérent. Le premier axe concernait l’ingénierie des espaces de travail. En collaboration étroite avec des architectes, scénographes et designers partenaires, Cooperactiv concevait des environnements professionnels pensés pour favoriser à la fois la concentration, la collaboration et le bien-être. Cette dimension physique était indissociable de la mutation numérique : repenser les espaces accompagnait naturellement l’évolution des pratiques de travail.
Le deuxième axe portait sur l’accompagnement du changement organisationnel. Ici, l’expertise en ergonomie et psychologie du travail prenait toute sa place. Cooperactiv ne se contentait pas d’imposer de nouveaux processus. L’équipe identifiait les mécanismes psychologiques en jeu, comprenait les résistances comme des signaux à décoder plutôt que comme des obstacles à vaincre, et transformait progressivement les freins en leviers d’innovation.
Le troisième axe intégrait le design thinking comme moteur d’innovation participative. Les ateliers de cadrage collaboratif permettaient aux équipes de tous niveaux de contribuer à la définition même des projets. Cette approche itérative facilitait l’appropriation des changements et réduisait les risques d’échec lors du déploiement. La méthode expérientielle reposait sur l’immersion directe dans l’organisation cliente dès le début de la mission. Les consultants observaient le travail réel, testaient des configurations dans un cadre sécurisé, ajustaient en temps réel selon les retours des utilisateurs.
Une méthodologie en 4 étapes structurantes
Cooperactiv avait formalisé son intervention en quatre étapes clairement identifiées. La phase REPÉRER consistait en un diagnostic initial approfondi, avec immersion au sein de l’entreprise pour identifier les freins et leviers du changement. Cette observation fine révélait souvent les écarts entre le travail prescrit et le travail réel, ces adaptations informelles que les collaborateurs développent pour faire fonctionner l’organisation malgré les process officiels.
L’étape COMPRENDRE approfondissait l’analyse des besoins organisationnels, des contraintes spécifiques et des mécanismes psychologiques en jeu. C’était le moment d’une réflexion collective sur les opportunités, clarifiant les enjeux stratégiques tout en prenant en compte les réalités opérationnelles.
La phase AGIR marquait le passage à la mise en œuvre concrète. Les ateliers de simulation permettaient de tester différentes configurations avant déploiement définitif. Ces sessions immersives réduisaient les risques d’échec en identifiant par avance les problèmes potentiels. Les formations aux nouveaux outils et pratiques s’accompagnaient d’ajustements en temps réel, dans une logique d’amélioration continue.
L’étape finale ÉVALUER mesurait systématiquement les impacts du changement : satisfaction des équipes, gains d’efficacité, qualité des interactions. Cette quantification des bénéfices permettait de capitaliser sur les réussites comme sur les difficultés rencontrées, alimentant ainsi l’amélioration des méthodes. Parmi les outils développés, « Design moi un bureau » illustrait parfaitement la capacité de Cooperactiv à croiser les disciplines. Cet outil propriétaire combinait ingénierie des espaces, psychologie du travail et design thinking pour concevoir des environnements de travail réellement optimisés.
Quelles ont été les réalisations marquantes de Cooperactiv ?
Les contrats obtenus auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations constituent les références les plus tangibles de Cooperactiv. En juin 2021, l’entreprise remportait un appel d’offres pour des prestations de design d’un montant de 160 000 euros sur quatre ans. En novembre 2020, elle avait déjà décroché un contrat de 156 250 euros pour des prestations d’expertise et conseil en appui des accompagnements Territoires Conseils, sur une durée d’un an.
| Client | Type de prestation | Montant | Durée |
|---|---|---|---|
| Caisse des Dépôts et Consignations | Prestations Design | 160 000 € | 4 ans (juin 2021) |
| Caisse des Dépôts et Consignations | Expertise conseil Territoires Conseils | 156 250 € | 1 an (nov 2020) |
Ces contrats cumulés à hauteur de 316 000 euros avec une institution publique majeure témoignaient de plusieurs choses : la reconnaissance de l’expertise de Cooperactiv, sa capacité à remporter des appels d’offres face à des cabinets établis, et la crédibilité de ses méthodes aux yeux d’acteurs exigeants du secteur public.
Au-delà de ces contrats phares, Cooperactiv intervenait régulièrement dans le secteur bancaire et les assurances, où les mutations digitales et les réorganisations généraient des besoins importants en gestion du changement. Les PME et ETI faisaient également appel à l’entreprise pour des réaménagements d’espaces de travail et la conduite de projets de transformation. Les types de projets menés illustraient la polyvalence de Cooperactiv : conception d’espaces collaboratifs, accompagnement de programmes numériques, facilitation de fusions organisationnelles.
Pourquoi Cooperactiv a-t-elle fermé en novembre 2024 ?
La fermeture de Cooperactiv le 12 novembre 2024 fait suite à une procédure de liquidation judiciaire, elle-même précédée d’une phase de redressement. Cette trajectoire révèle les fragilités structurelles qui affectent de nombreuses PME du conseil, même lorsque leur proposition de valeur est solide. Le capital social de 6 000 euros, très modeste, témoignait d’une structure volontairement légère mais offrant peu de marge de manœuvre en cas de difficultés de trésorerie.
Les sociétés de conseil sont particulièrement exposées à ce risque : délais de paiement parfois longs, dépendance aux renouvellements de contrats, difficulté à lisser les flux financiers. Le marché du conseil à Lyon est également devenu très concurrentiel. Les grands cabinets disposent de moyens commerciaux et de réseaux que les petites structures peinent à égaler. La dépendance potentielle à quelques grands contrats peut fragiliser l’équilibre économique si ces contrats ne sont pas renouvelés ou si de nouveaux clients ne viennent pas compenser.
Il convient de souligner une nuance fondamentale : l’échec économique ne signifie pas l’échec méthodologique. Les approches développées par Cooperactiv gardent toute leur pertinence. L’entreprise a démontré la viabilité des méthodes collaboratives et expérientielles dans le conseil organisationnel. Elle a prouvé qu’une autre manière d’accompagner les transformations était possible et appréciée par les clients.
L’héritage de Cooperactiv dans l’écosystème entrepreneurial lyonnais reste positif. Les méthodologies qu’elle a expérimentées continuent d’inspirer d’autres acteurs du conseil. La vision humaniste de la transformation, plaçant le bien-être et l’intelligence collective au centre, a contribué à faire évoluer les pratiques du secteur à Lyon. Les leçons entrepreneuriales de cette expérience sont claires : l’innovation méthodologique ne suffit pas sans une solidité financière minimale, et la diversification de la base clients constitue une protection nécessaire.


